« Il faut qu'on fasse de l'IA. » Pour résoudre quoi ?
Nous entendons cette phrase plusieurs fois par semaine. Notre première question est toujours la même, et elle produit presque toujours un silence.
Le silence qui suit
Ce silence n'a rien d'embarrassant, et il ne dit rien du sérieux de celui qui l'observe. Il dit simplement qu'on a vendu à ce dirigeant l'idée que l'IA était la réponse avant qu'il ait eu l'occasion de formuler la question.
Alors il arrive avec des envies, de l'enthousiasme, parfois un outil déjà testé en interne. Et souvent un constat qui revient mot pour mot :
On a essayé, le gain n'est pas flagrant.
Ce n'est pas un problème d'IA
C'est un problème de qualification. Un outil remarquable déployé sur un besoin mal défini produit exactement ce qu'on observe : une démonstration réussie, un enthousiasme de quelques semaines, puis plus rien. L'investissement ne se voit nulle part, et l'entreprise en conclut que la technologie n'était pas mûre.
Elle l'était. C'est la question qui manquait.
Les questions que nous posons d'abord
Aucune ne porte sur la technologie.
- Parlez-nous de vos douleurs, pas de l'IA. Qu'est-ce qui coince réellement, aujourd'hui, dans votre fonctionnement ?
- Sur quoi avez-vous le plus à gagner ? Financièrement, en temps, en qualité de service. Et de combien, à peu près.
- Quelles données avez-vous, et sont-elles exploitables ? Pas en théorie : telles qu'elles existent aujourd'hui.
- Quel objectif vous donnez-vous sur ces points précis ? Un objectif, pas une intention.
- À quoi ressemble le succès dans six mois ? Si vous ne pouvez pas le décrire, personne ne pourra le mesurer.
- Vos équipes sont-elles prêtes à fonctionner différemment ? Parce qu'une solution qui ne change rien au quotidien ne change rien du tout.
Ce n'est qu'après ces réponses qu'on parle d'outil.
Pourquoi cet ordre change tout
Parce qu'il rend l'arbitrage économique possible. Tant que le problème n'est pas formulé, personne ne peut dire ce que sa résolution vaut, ni donc ce qu'il est raisonnable d'investir pour le régler. On se retrouve à comparer des outils entre eux, ce qui est la pire façon de choisir : ils se ressemblent tous, ils démontrent tous bien, et aucun ne vous dira qu'il ne sert à rien chez vous.
Pris dans l'autre sens, la conversation devient simple. Voilà ce qui coince, voilà ce que ça coûte, voilà ce qu'on peut réutiliser de ce qui existe déjà, et voilà ce qu'il reste à construire. À la fin, l'investissement se compare à quelque chose.
Il arrive d'ailleurs que la réponse soit qu'il ne faut rien construire. C'est une conclusion acceptable, et il vaut mieux y arriver au début qu'au bout de six mois. Notre méthode ne commence pas autrement.
Un projet ne part pas d'un outil. Il part d'une douleur, et de ce qu'elle coûte.
Ce qui vous coûte le plus cher, c'est quoi ?
Parlez-nous de votre fonctionnement. Nous commencerons par comprendre ce qui vous freine, avant de parler d'outil.
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